foodwaste.ch

L’avenir est dans l’assiette

Repenser
la
consommation.
avec le Dr Claudio Beretta

Dr Claudio Beretta

Dr Claudio Beretta
Chercheur à la ZHAW
Président de foodwaste.ch

L’expert

Le Dr Claudio Beretta mène des recherches à la ZHAW, au sein de l’équipe de technologie alimentaire, sur l’alimentation durable et le gaspillage alimentaire. Son parcours a débuté il y a 14 ans avec un travail de master à l’EPFZ, qui a permis de quantifier pour la première fois l’ampleur des pertes alimentaires en Suisse.

Afin de transformer ces données scientifiques en actions concrètes, il a cofondé la plateforme foodwaste.ch. Aujourd’hui, il accompagne les acteurs de la gastronomie et les ménages pour les aider à redonner toute leur valeur à nos ressources.

« Il n’y a guère de domaine de recherche où l’on puisse accomplir autant de choses avec si peu d’efforts que dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. »

Bienvenue à l’interview pour la Journée de l’intendance 2026 ! Notre thème : repenser la consommation – l’avenir est dans notre assiette. Le Dr Claudio Beretta est avec moi. Claudio, c’est génial de t’avoir parmi nous aujourd’hui ! Avant de plonger dans les conseils pratiques pour l’intendance, pourrais-tu te présenter brièvement ? Quel est ton rôle à l’Institut pour l’innovation dans l’alimentation et les boissons de la ZHAW, chez foodwaste.ch, et comment en es-tu venu à participer au livre Taste not Waste ?

Au sein de l’équipe de technologie alimentaire de la ZHAW, je dirige l’enseignement et la recherche sur l’alimentation durable et la prévention du gaspillage. Tout a commencé il y a quatorze ans avec mon travail de master, où j’ai chiffré pour la première fois le volume de denrées perdues en Suisse, du champ à l’assiette.

Depuis, ce sujet ne m’a plus lâché. Pour transformer ces connaissances en actions concrètes et générer un véritable impact, j’ai cofondé l’organisation foodwaste.ch, une plateforme d’information et de sensibilisation.

Notre but est de vulgariser la science pour l’amener là où les décisions se prennent : dans les magasins, les restaurants et les foyers. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai rencontré Esther Kern, qui m’a demandé de préparer les données les plus récentes pour son livre « Taste not Waste ».

Merci beaucoup, Claudio ! Grâce au monitoring du gaspillage alimentaire à la ZHAW, tu vois exactement où les aliments sont perdus en Suisse. Si nous regardons dans une cuisine professionnelle : où se produit la plus grande erreur et avec quelle astuce intelligente pouvons-nous l’éviter immédiatement au quotidien ?

Il n’existe malheureusement pas de formule magique universelle pour les grandes cuisines. Chaque établissement a ses propres défis, mais en observant de nombreuses cuisines, nous remarquons des schémas récurrents.

L’un des pires générateurs de gaspillage dans la gastronomie reste le buffet à discrétion. C’est un double problème : d’une part, les clients surestiment leur faim et remplissent trop leurs assiettes pour « rentabiliser » leur repas, laissant de nombreux restes.

D’autre part, pour maintenir un buffet attrayant jusqu’à la fin, il faut produire des surplus qui finissent souvent à la poubelle. C’est un gaspillage à deux niveaux.

Les restaurants qui ont choisi de dresser eux-mêmes les assiettes – avec des portions plus petites, joliment présentées, tout en offrant la possibilité de se resservir – en tirent un bilan très positif. Les clients repartent ravis, sans l’estomac lourd. Si un établissement tient absolument à son buffet, des solutions simples existent : facturer au poids (aux 100 grammes) incite les clients à ne prendre que ce qu’ils mangeront. Une autre option consiste à faire don des excédents à une association.

On remarque aussi que beaucoup servent par défaut des portions trop copieuses. Finalement, de toutes petites mesures – comme réduire la taille des assiettes tout en permettant de se resservir – peuvent avoir un impact colossal.

Souvent, la gastronomie professionnelle est soumise à des lois strictes sur l’hygiène. Nous n’avons pas le droit de servir simplement les restes du buffet aux clients le lendemain. À qui pouvons-nous donner ces aliments ? Existe-t-il des organisations et comment cela fonctionne-t-il concrètement dans la pratique ?

Il existe une multitude d’organisations qui se complètent très bien. À l’échelle nationale, les plus grandes sont Table Suisse, Table couvre-toi et, en Romandie, Partage, qui récupèrent plutôt de gros volumes.

Pour les restaurants qui génèrent de petits excédents quotidiens ou des produits à consommer très rapidement, les initiatives locales comme Foodsharing ou les Restessbars sont souvent plus adaptées.

Le principe est génial : selon le volume, quelques bénévoles passent avec leurs propres récipients et bouteilles, ce qui évite tout emballage. Ils récupèrent les invendus à l’heure fixée par l’établissement et les redistribuent via leur réseau.

C’est une situation triplement gagnante : le restaurant économise des frais d’élimination, le personnel ne voit pas son travail finir à la poubelle, et les bénévoles sauvent de bons produits en échange d’un peu de leur temps.

Côté sécurité alimentaire, avec Foodsharing, les règles sont strictes : les établissements ne donnent que ce qui est encore parfaitement sain et consommable au moment du retrait. En échange, les bénévoles signent une décharge assumant la responsabilité de la suite. Ils s’engagent à respecter la chaîne du froid et à consommer les produits rapidement, ou à les congeler avant la date d’expiration.

L’expérience montre que de nombreux établissements s’imposent des directives internes bien trop zélées… interdisant par exemple de donner du pain resté deux heures sur un buffet. L’envoyer dans une installation de biogaz ne peut en aucun cas se justifier par des normes d’hygiène.

Ce pain n’est peut-être plus aussi croustillant ou moelleux, mais il permet encore de réaliser des recettes très créatives. Jeter du pain à une époque où près de la moitié de l’humanité manque d’une alimentation équilibrée est tout simplement absurde.

Sustainability Mood
Tu as participé à la préparation des données pour le livre ‚Taste not Waste‘. Pourrais-tu nous donner un petit avant-goût et nous dévoiler ton conseil préféré tiré du livre ?

Je dois avouer qu’il y a tellement de recettes dans ce livre que je suis loin de les avoir toutes testées ! Mais en le feuilletant, l’une d’elles a retenu mon attention : les brownies de la page 253.

Leur particularité ? Ils sont préparés à base de noisettes et d’aquafaba. Avant, je ne connaissais pas l’aquafaba. C’est un substitut d’œuf végétal fascinant qui permet d’utiliser ce qui est habituellement considéré comme un déchet.

Par exemple, lorsqu’on achète des pois chiches en bocal, ils baignent dans beaucoup d’eau. Avant, je la jetais en me disant que c’était « sans valeur ». Mais si on la fouette, elle monte en neige et devient aussi aérée que des blancs d’œufs ! Cela permet de réaliser de superbes pâtisseries, comme ces fameux brownies.

Quelle est la règle d’or concernant la durée de conservation pour éviter de jeter trop vite ?

Il faut distinguer deux types de dates. D’un côté, la date de durabilité minimale (DDM), signalée par « à consommer de préférence avant le ». De l’autre, la date limite de consommation (DLC), indiquée par « à consommer jusqu’au ».

La mention « de préférence » est une simple garantie de qualité de la part du fabricant et n’a rien à voir avec la sécurité alimentaire.

C’est fondamental de le savoir, car la règle d’or est alors très simple : regardez, sentez, goûtez ! Ne jetez jamais un produit automatiquement juste parce que cette date est dépassée. Faites confiance à vos propres sens. En revanche, pour les denrées très périssables portant la mention « à consommer jusqu’au », il faut impérativement respecter la date.

Tu dis souvent qu’avec très peu d’efforts, on peut accomplir énormément de choses contre le gaspillage. Pour nos apprentis en intendance, quelle est cette petite action concrète au quotidien qui a le plus grand impact écologique ?

C’est justement ce qui me passionne dans la lutte contre le gaspillage : une multitude de petites actions peuvent avoir un impact écologique immense. Un excellent réflexe quotidien consiste simplement à vérifier ses réserves avant de cuisiner, en utilisant en priorité les denrées les plus périssables et en adaptant soigneusement les portions.

Ensuite, il faut tirer parti des différentes zones de température du réfrigérateur. Le bas étant généralement plus froid que le haut, c’est là qu’il faut placer les aliments les plus sensibles pour prolonger leur durée de vie.

Enfin, une astuce précieuse pour les produits affichant une date limite de consommation (« à consommer jusqu’au »), comme la viande : mettez-les au congélateur ! Sur foodwaste.ch, nous proposons des recommandations concrètes pour les ménages et une boîte à outils pour le commerce de détail. Une fois congelés, ces produits restent impeccables pendant au moins 90 jours après la date, et souvent bien au-delà.

Claudio, pour conclure : quelle est ta règle d’or pour ne jamais gaspiller de nourriture ?

Je dirais que si nous prenons conscience de l’origine de notre nourriture – du travail dans les champs – et de sa véritable valeur, une gratitude naturelle naît spontanément devant ce qui se trouve dans notre assiette.

Et si, en plus, nous cuisinons toujours avec amour en prenant vraiment le temps de le faire, il devient tout à fait naturel de ne presque rien jeter.

C’était le mot de la fin parfait ! Dr Claudio Beretta, merci infiniment pour cet entretien passionnant et pour tous ces précieux conseils. À bientôt !

Nona Fragnière

Nona Fragnière

Marketing / OrTra Intendance Suisse

5 étapes pour réduire le gaspillage alimentaire

01

Fais tes courses intelligemment

Achète uniquement ce que tu peux consommer avant la date limite indiquée. Pour ce faire, planifie tes achats à l’avance et demande-toi si tu as vraiment besoin de tel ou tel produit avant de le prendre dans le rayon. Sers-toi d’une liste de course ou d’une application.

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02

Stocke tes aliments de manière optimale

Bien conservés, tes aliments resteront consommables plus longtemps : suis les instructions de stockage figurant sur l’emballage et conserve les aliments facilement périssables au frais. Nettoie et range régulièrement le réfrigérateur et le garde-manger.

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03

Apprends à interpréter correctement les dates de péremption

Au lieu de te fier à la date de durabilité minimale, fais confiance à tes sens : si l’aliment a un bon aspect et une odeur agréable, tu peux toujours vérifier s’il a encore bon goût. Les aliments portant une date limite de consommation (« À consommer jusqu’au ») doivent être consommés ou congelés.

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04

Cuisine avec créativité et sans gaspillage alimentaire

Pour une alimentation plaisir « zéro-gaspi’ » : pèse ou mesure les portions optimales lorsque tu cuisines. Utilise les aliments de la tige à la feuille et « du museau à la queue ». Laisse libre cours à ta créativité lorsque tu accommodes les restes ou recherche des recettes adaptées.

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05

Partage ton plaisir pour les aliments

Invite tes amis et ta famille et partage tes plats et recettes « anti-gaspi’ » avec eux. Deviens membre de foodwaste.ch, échange avec des personnes qui partagent les mêmes idées que toi ou participe à l’une des nombreuses initiatives « anti-gaspi’ » – par amour des aliments !

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